
"Green", you are my everything (des fois)
R.E.M. sort un nouvel album mais je m’en moque. Moi c’est "Green" que j’aime.
Et voilà, il est encore là ce disque, il revient dans ma vie sans que je ne lui demande quoi que ce soit, régulièrement mais sans prévenir, comme un vieux pote avec qui je n’ai jamais été complètement proche. Mais un pote quand même, par la force des choses. Comme ce gars avec qui je me retrouvais en cours d’allemand parce qu’il a un nom qui vient juste avant le mien dans l’alphabet, et qui de temps en temps revient dans mon quotidien pour boire un coup et ne rien se dire de profond.
La première fois que j’ai croisé Green, c’était dans une médiathèque seine-et-marnaise. Dans mon souvenir ça devait être l’époque où je fouillais pour trouver enfin ce foutu album des Sheriff qui manquait encore à ma super collection de CDR, et puis je l’ai emprunté ce disque de REM avec des fougères sur la pochette, je ne sais plus pourquoi. Je ne sais plus non plus si ma sœur avait déjà commandé Monster au club Dial (cette même VPC envahissante qui a fait entrer dans la maison des best-of de Cat Stevens et de Police, et un New Kids on the Block Sings Christmas dont la pochette me fait encore rire), mais je sais que "Everybody Hurts" tournait en boucle depuis longtemps à la radio et à la télé, avec ce clip moite où Michael Stipe marche sur des voitures dans un embouteillage, avant de croiser les bras d’une façon qui reste très mystérieuse encore aujourd’hui.
Je n’ai qu’un souvenir flou de la première écoute, mais la rythmique bondissante de "Stand", qui est loin d’être le meilleur morceau du disque, s’est accrochée en moi comme un pou dans un vestiaire de piscine municipale. Il faut croire que ce n’était pas assez : je n’ai même pas copié Green avant de le rendre, et je n’ai pas non plus eu envie de l’acheter. Puis il est revenu pas à pas. Quelques mois plus tard, le grand frère d’un pote l’a emprunté à son tour dans la même médiathèque et, un soir au milieu d’un rien du tout en bande comme la banlieue sait en générer, les morceaux ont resurgi pour s’imposer comme les bijoux pop qu’ils sont.
Qu’est ce qui m’a empêché de me précipiter dans le premier magasin venu pour enfin acheter ce disque pour la modique somme de 175 francs ? Peut-être l’absence de disquaire dans cette ville pourrie, ou ce stupide principe qui veut qu’au lycée il ne faut surtout pas avoir les mêmes disques que les autres. D’autant que personne ne l’avait, Green…
La pochette orange s’est à nouveau éloignée, pour revenir heureusement par la suite, d’année en année. Dans un clip à la télévision au milieu de la nuit, au détour d’un blog, puis finalement cet été chez des amies qui m’avaient prêté leur appartement, fourni le temps de le dénicher dans leur discothèque et de le réécouter en boucle. Tout ça fait beaucoup de réapparitions, avec entre chaque des presqu’achats – je prends, je prends pas ? Oh puis non, je le connais par cœur… – et un amour croissant pour ces mélodies.
"World Leader Pretend", live au Pinkpop 1989
Il parait que Green marque la transformation de R.E.M. en groupe majeur de la scène pop internationale. Je m’en fous, je ne connais pas les albums précédents, les suivants seulement par bribes. Je m’y collerai un jour j’imagine, mais Green me convient comme ça, c’est la première pièce d’une maquette qui s’annonce trop compliquée à monter.
C’est un disque qui vaut surtout pour ses ralentissements, pour "You Are the Everything" et "Hairshirt", portées par une guitare corde à corde, une mandoline, un accordéon dans le fond, des dédoublements vocaux, quelques notes de piano à un doigt. C’est rien et c’est admirable. Même les tubes en puissance sonnent bien dans ce disque. "Get Up" et sa manie de répéter chaque fin de phrase, ou l’imparable "World Leader Pretend", qui se refuse à partir dans la pop totale qu’il semble promettre dans ses premières mesures…
Green, c’est de l’équilibrisme presque politique : celui d’un groupe qui vient de signer sur une major, à qui on demande tout et qui se sait capable de surclasser tous les autres, mais qui se souvient de ses vertes années et hésite encore à balancer la grosse artillerie. R.E.M. aura d’ailleurs plus tard l’intelligence de continuer à composer des belles chansons au milieu des bombes qualibrées. Et puis, un disque qui contient "I Remember California" et sa nostalgie écolo posée sur un mid-tempo qui semble furtivement annoncer les riffs grunge, ça compte dans une quête de la pop parfaite.
Peut-être que la prochaine fois qu’il me tombera entre les mains j’achèterais Green, peut-être. Puis je le rangerai tout de suite sur une étagère d’où il ne pourra sortir que de lui-même, histoire de lui conserver ce charme unique des petites claques musicales.













































"Green", you are my everything (des fois)
"green" ou l’époque où REM ne faisait QUE la couverture des Inrocks qui paraissaient QUE tous les 2 mois avec ses belles pages, ses interviews intéressantes et ses photos en noir et blanc "green" qui succédait à "document" découvert grâce à un article de José Ruiz dans Best sur REM, époque où ce groupe était encore presque underground en France avant le succès planétaire "world leader pretend" recopié dans mon cahier de texte car seules les paroles inscrites dans le livret du cd
formidable album qui berçait mes soirées au fin fond de ma province rurale avant mon arrivée sur Paname trop tardive pour voir ce groupe dans une salle "adaptée" comme la Cigale ensuite, ensuite le succès trop immense qui m’oblige à investir Bercy pour enfin les voir sur scène !!!! mais toujours cette indépendance , ce mystère et son influence sur des groupes populaires ou inconnus, REM a toujours su garder sa qualité, sa magie et sa puissance
I RAISED THE WALL AND I WILL BE THE ONE TO KNOCK IT DOWN
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28 mars, par un courageux anonyme